VHSS / Dialogue de deux récits tempête : le premier est autobiographique (Angélique Cauchy), le second est fictionnel (Sophie Tavert Macian), les deux sont glaçants. Des histoires infernales de jeunes femmes tombées dans les griffes d'entraîneurs et médecins du sport dopés au sentiment d'impunité.
Dans la lignée d'Un si long silence (par l'ex-patineuse Sarah Abitbol aux éditions Harper Collins), Angélique Cauchy a retracé les deux ans de viols, d'agressions et d'humiliations dont elle a été victime entre ses 12 et 14 ans (Si quelqu'un te fait du mal aux éditions Stock). Jeune prodige du tennis dans le Val-d'Oise, elle a rencontré Andrew Geddes en 1999, le directeur sportif de son club. Elle a restitué en 315 pages les mécanismes de l'emprise dont elle a été victime. « Tu es un diamant brut de chez brut, et je vais te polir », aurait dit l'entraîneur, en guise de pied dans la porte à son implication dans le quotidien d'Angélique Cauchy, sous le regard obligeant de parents qui rêvaient leur fille en championne sur le court.
« Si tu en parles, je ne pourrai plus t'entraîner et tu ne deviendras jamais forte » : l'ouvrage est émaillé de phrases lancinantes ; de celles qui ont muré Angélique Cauchy dans le mutisme pendant 15 ans. C'est en rencontrant d'autres victimes du même homme qu'elle a décidé de porter plainte, puis, de militer activement contre la pédocriminalité, les violences sexistes et sexuelles dans le sport, participant en 2024 à un rapport de la commission interministérielle sur le sujet.
Sortir du silence
Pour son premier roman, la réalisatrice et scénariste Sophie Tavert Macian a choisi d'aborder les violences sexistes et sexuelles dans le sport. Son récit trace les aventures de Maëlys, gymnaste réunionnaise arrivée en métropole pour tenter d'accéder au Graal : l'équipe de France. L'autrice s'est d'abord appliquée à restituer les retranchements physiques et psychologiques conditionnant le quotidien des adolescentes, leur fébrilité et leurs pensées obsessionnelles dans un univers n'offrant aucune soupape. Contexte facilitant pour les agresseurs sexuels : ici, un médecin du sport, rappelant le cas Larry Nassar, aux États-Unis.
Un autre récit duquel on ne ressort pas indemne, questionnant l'absence de garde-fous dans ce milieu : « Est-ce que ce principe du résultat ne doit pas être remis en question ? » questionnait Emmanuel Luneau-Daurignac dans son ouvrage L'entraîneur et l'enfant, les abus sexuels dans le sport (aux éditions du Seuil). L'État doit-il reconnaître sa responsabilité, en s'investissant notamment dans les fédérations — comme ce fut (enfin) le cas en 2020, lorsque l'ex-Ministre des sports, Roxana Maracineanu a demandé la démission de Didier Gailhaguet, l'ex-président de la Fédération française des sports de glace ? Des thématiques qui seront évoquées lors de la rencontre du jeudi 30 janvier prochain, à l'Institut Lumière.
Si quelqu'un te fait du mal d'Angélique Cauchy (aux éditions Stock) ; 20, 90€
Gamba de Sophie Tavert Macian (aux éditions Belfond) ; 21€
Rencontre avec Angélique Cauchy et Sophie Tavert Macian le 30 janvier à 18h à l'Institut Lumière (Lyon 8e)